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L'appel du large




« Reprenons tout du début, si tu veux bien: à la question  « as tu déjà vu les seins d'une fille » ? Est ce que la réponse est: Non ou Oui ?
« Un peu les deux... »
« Voilà qui nous éclaire, mais encore? »
« Non pas des seins d'une fille de mon age, mais Oui ceux des nourrices de Maman-France quand elle allaitaient leur bébé, je n'ai pas souvent eu l'occasion d'être à la nurserie et ne suis jamais resté longtemps; ça te va comme réponse? »
« Admettons! Et tu les as trouvé jolis les seins des jeunes mamans! »
« Alors là pas du tout, même très laids, »
« Donc tu n'as pas envie de voir la poitrine d'une jeune fille? Tu trouves ça laid? »« J'en déduis que tu ne saurais pas me dire si j'ai une jolie poitrine,.... tant pis, je vais demander l'avis du petit aspirant. »

Lui tournant le dos, Lea ne fit mine de rejoindre le groupe des aspirants. Leo bondit pour lui barrer la route, en menaçant à voix basse:


Leo: « Tu ne pourrais pas attendre que nous soyons en sécurité, pour déclencher une mutinerie avec ta poitrine? »
Lea: « Ah bon! tu reconnais enfin que j'ai assez de poitrine pour déclencher une mutinerie ! » « Je crois qu'on va éviter le duel, je prends cela pour une forme d'excuse, tu l'as échappé belle car dans le cas contraire, j'aurais du demander au petit aspirant de se battre contre toi pour laver mon honneur. »
Leo: « Il ne me fait pas peur ton aspirant, et il faudrait encore qu'il soit d'accord ton aspirant? »

Cela ressemblait trop à une provocation, pour que Lea ne réagisse pas. En un instant elle était plantée les poings sur les anches, le torse avantageux, peut-être un peu trop, mais ne manquant pas de panache, elle lança à la cantonade:

« Qui accepte de défendre mon honneur outragé, dans un duel sans merci au poignard une main liée dans le dos, contre mon frère »


Ce sont cinq voix qui firent une réponse à l'unisson :
« Moi Mademoiselle ! » certains ajoutèrent « Ce serait un honneur »
Lea se tournant vers son frère lui proposa l'alternative suivante :

Lea: « Ah! Tu vois!....Soit tu me fais des excuses publiques, soit tu te bats seul contre cinq. C'est toi qui décides, mais décide vite, le jour va se lever. »
Leo: « D'accord tu as gagné, je retire tout ce que j'ai pu dire de désobligeant et je te présente publiquement toutes mes excuses....ça va comme ça? »
Lea: « Cela peut aller l'honneur est sauf. »


Le petit lieutenant que visiblement Lea ne laissait pas indifférent demanda:

le lieutenant: « Peut-on savoir ce que votre frère vous à dit de si désobligeant qui justifierait un duel ? »

Réponse de Lea

« Non on ne peut pas! Sauf à accepter de se mesurer à moi au fleuret moucheté à midi demain au pied du grand mât..... Messieurs j 'ai bien l'honneur. »

Pendant ce temps le vent avait un peut tourné, sur une remarque de BàB, Sainte Barbe rassembla son équipage hétéroclite pour le cas ou il faudrait virer de bord.
Il partagea d'abord le groupe en deux, à bâbord ceux qui avaient déjà participé à un virement de bord; à tribord ceux qui ne savaient pas ce que virer de bord voulait dire.

Environ dix à Bâbord, contre trois fois plus à tribord. On composa dix équipes mixtes de quatre, qui resteraient les mêmes jusqu'à nouvel ordre.
Mais cette précaution s'avéra inutile, les qualités de L'Alerte étaient telles que ses mats inclinés lui permettait de marcher au près serré et poussée par un vent de nord ouest qui forcissait et une mer peu agitée, ils étaient en pleine mer quand le jour se leva.

Ils avaient perdu de vue le brick 'Le Coureur', qui faiblement chargé,avait pris une belle avance sur eux.
Le vent qui leur avait permis de tester le comportement du bateau aux allures portantes, faiblissait en approchant de Noirmoutier.
Un jour gris et des bancs de brumes glissants à la surface d'une mer d'huile les trouva encalminés au large de l'ile. Les émotions de la nuit et l'inactivité forcée poussaient à la somnolence. En résumé chacun avait cherché sur le pont un petit coin à l'abri du vent, certains comme des moutons dormaient les uns contre les autres.

Les capitaines Blavet et Renaudin connaissaient bien cette partie de la côte pour avoir jouer à cache-cache avec les flottes Anglaises qui faisaient le blocus de Brest.

A leur avis la marée pouvait fort bien les rapprochait de l'ile ou ils risquaient de s'échouer. Quand le vent se lèverait c'est au large que la brise se ferait sentir, laissant les abords de l'ile sous le vent.
Même si les hommes avaient besoin de repos, ils étaient avant tout sous alimentés. Dés que Cambuse avait pu allumer les feux, il avait préparé un copieux ragout de haricots et de mouton, ce qui expliquait qu'ils se soient tous écroulés dés la dernière bouchée avalée.

Mais là il y avait urgence si on ne voulait pas être poussé par les courants de marée, dans la baie de Bourneuf.

« Que les chefs d'équipes, réveillent leurs hommes et les installent aux avirons! »

Sur chaque bord il y avait six tolets prêts à recevoir un aviron. Les chefs d'équipe poussèrent à leur place des hommes aux yeux encore plein de sommeil. Il fallu leur montrer comment sortir les lourdes rames et prendre la cadence.

Un, Deux, trois, tirez!......Un, Deux, trois, tirez!.......Un, Deux, trois, tirez!....Les hommes pesaient de tout leur poids les rames, mais dans un premier temps sans résultat.
Lorsqu'ils prirent enfin tous le même rythme, la coque commença à avancer doucement, puis un peu plus vite, et les rames attaquèrent l'eau plus efficacement.

Il fallu se rendre à l'évidence que dans l'état de fatigue de ces hommes, il ne tiendraient pas plus d'une heure. On décida de n'utiliser que la moitié des postes de rameurs et de mettre l'autre moitié au repos . Sauf l'aviron qu'Outa partagé avec Simbad, qui ne semblaient pas ressentir la fatigue et refusèrent de se faire remplacer.

Les jumeaux firent équipe avec les deux gendarmes. A bord pas de favoritisme.

Lea fit seulement remarquer que ces hommes avaient échappé au bagne, pour finir aux galères. Que si un jour elle devait choisir, elle n'était pas sure d'opter pour les galères.

Le bateau avançait suffisamment pour que le barreur sentit mordre le gouvernail et garde un cap au large.

La lunette du bord compte tenu de son poids avait été montée sur un socle ou elle pivotait à la façon d'un pierrier, dont elle avait a peu prés l'encombrement. On avait mis un homme de vigie qui surveillait la terre ferme faute de voiles à l'horizon.

Au moment ou il regardait l'ile pour la énième fois, les bras du sémaphore se mirent à s'agiter frénétiquement, il correspondait avec le continent. Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner qu'ils avaient été découverts.

La vigie donna l'alarme, les rameurs tirèrent sur les avirons avec encore plus de vigueur.

Un petit nuage blanc fusa à la base du sémaphore. Un boulet ricocha plusieurs fois à la surface de l'eau, avant que ne leur soit parvenu le bruit assourdi du coup de canon.
Certes ils ne craignaient rien, le boulet avait fini sa couse très largement trop court, mais pour beaucoup de ceux qui étaient à bord, c'était le baptême du feu.


Contre nous de la tyrannie, l'étendard sanglant est levé :

Ce n'était pas vraiment de la peur, mais plutôt une certaine tension qui régnait à bord.

Même si la distance par rapport à la côte augmentait environ d'un mile à l'heure, et que cela ne ferait pas une grosse différence à la fin de la journée. Il valait mieux tenir les hommes occupés.

Seuls les officiers savaient ce qui allait suivre.

Dans peu de temps des barques armées chacune de trente à cinquante hommes, avec peut être une pièce d'artillerie à l'avant allaient leur donner la chasse. Ils n'avaient aucune chance de leur échapper.
S'ils résistaient ils mourraient tous, s'ils se rendaient, ils seraient au mieux déportés, au pire fusillés.

Une voix s'éleva pour résumer ce que la majorité pensait  « Nous préférons mourir libres que vivre enchainés » Celui qui dit ça ne venait pas de l'inventer; mais il reçu une ovation bien méritée.

On fit venir Dambert qui était le seul à connaître le chargement du bord.
Il rassura tout le monde. Il y avait à bord de quoi armer 200 hommes, mousquets, pistolets, sabres d'abordage, coutelas même des grenades à main .




- Il fallait distribuer les armes blanches en fonction de la force de chacun.

Leo et Lea furent chargés d'organiser la distribution.
La hache était destinée au plus costauds. Les piques aux moins athlétiques, et à tous ceux qui n'avaient jamais fait d'escrime. Les plus aguerris choisiraient eux mêmes entre les sabres et les épées.

Pour les armes à feu, c'était un peu le même principe, les plus lourdes aux plus musclés. Pour ceux qui ne savaient pas viser, des grenades, ou des lance-grappins. Les connaisseurs, faisaient eux même leur choix. Des mousquets pour tout un chacun. Il fallut s'assurer que tous savaient charger une arme à feu.

Il était néanmoins préférable de faire monter les munitions sur le pont. Mais il était prudent de ne charger que sur ordre des chefs d'équipes, et de remettre les armes chargées aux rateliers.


Les barques, petits points sur l'eau, n'étaient visible qu'à la lunette. La vigie en annonça trois; échelonnées. Celle de tête semblait équipé d'un canon.

Barre à bâbord donna quelques ordres propres à calmer toute panique.

« Ils ne seront pas à portée de mousquets avant une demie heure » « Ne courrez pas »
« Leo et Lea pensez à chausser des feutres avant de rentrer dans la soute à poudres »
« Sainte barbe fait monter boulets et gargousses pour le canon long de la poupe et vient avec moi pour voir ce qu'on peu faire en attendant »

En attendant les munitions, ils tirèrent le canon en arrière par les palans d'affût.
On enleva la tape, manoeuvra la vis de pointage en hauteur, arma la platine, on tira le cordon pour s'assurer que l'étincelle était suffisante.

Sainte Barbe pointerait, Barre à Bâbord chargerait. Il déchira une gargousse, versa la poudre dans la gueule du canon, le sac de la gargousse servit de bourre, s'aida du refouloir pour tasser la charge. Il vérifia que le boulet était bien rond et le refoula sans rajouter une deuxième bourre, inutile avec cet angle d'élévation.

Ils mirent en batterie, Sainte Barbe pointa sur la barque la plus proche surtout pour vérifier l'alignement car même un canon long de 9 livres avait peu de chance d'atteindre une barque à deux kilomètres de distance.

Sainte Barbe demanda qu'on remit quelques avirons en service pour faire tourner le bateau doucement. Il se pencha sur l'affut leva le bras jusqu'à ce que la barque la plus proche apparue dans le viseur du fronteau de mire. Il abaissa le bras car la barque n'était plus dans le viseur. L'homme de barre compensa en redressant le gouvernail. Sainte Barbe utilisa un anspect pour affiner sa visée. Il s'éloigna pour ne pas être atteint par le recul et tira le cordon.
Le canon rugit et recula, il fallut environ quatre seconde pour apercevoir la chute du boulet
Environ 200 mètres trop court, mais dans l'alignement du deuxième bateau.

Le coup suivant, en rajoutant un quart de charge, mais en réduisant l'angle d'élévation,le boulet toucha presque le premier bateau peut être dans les avirons.
Le coup d'après était aussi très proche, il avait du doucher les rameurs.
Les trois suivants encadrèrent la barque. On ne pouvait pas demander à un canon une précision à 50 mètres près, vu la distance. Même avec un mer calme comme c'était le cas, il fallait un coup de pouce de la chance pour mettre un coup au but.

Les coups infructueux se succédèrent et la distance de la cible n'était plus que de mille mètres environ. L'inquiétude de Barre à Bâbord grandissait à l'idée que chaque barque contenait près de 50 hommes. Il suffisait qu'une seule atteigne le bateau et se serait la catastrophe.
Le canon tonna, il n'y eut pas de gerbe. On pouvait se demander, si avec la fatigue les deux hommes n'avaient pas oublié de mettre le boulet.
Un moment de flottement, puis les rameurs de la barque reprirent le rythme.
Ils avaient rechargé à nouveau, mais au moment de pointer sur la même barque, il eurent la surprise de la voir faire demi tour, elle était plus basse sur l'eau.

La vigie qui suivait l'engagement à la lunette, confirma que la barque coulait et demandait l'aide de sa conserve. En effet à cette époque la plupart des pêcheurs et des marins ne savaient pas nager.

le groupe que formait les trois barques, faisait une meilleur cible, mais malheureusement un boulet toucha à nouveau la même barque qu'il prit en enfilade faisant un carnage. Les deux autres s'éloignèrent de leur conserve en miette.

Mais les deux restantes changèrent de tactique, elles se séparèrent pour attaquer L'Alerte sur deux bords différents.

Barre à bâbord finissait de charger le canon, il cria à l'attention des rameurs
Faites pivoter pour nous aligner sur le canot tribord, celui que dirige l'officier, dés que le coup sera parti, pivotez pour lui présenter le flanc. Mettez tous les hommes disponibles entre les caronades. Que les mousquets soient bien visibles, mais pas chargés. Faites passer tous les pierriers sur l'autre bord et chargez les à mitraille et à faible dose pour un tir rapproché.
Se tournant vers Sainte Barbe: il demanda : paré pour le dernier coup. Paré capitaine. Cela fit sourire Barre à bâbord qui prit conscience qu'il était aux yeux de tous leur capitaine. Il ne fallait pas les décevoir.
Comment faire une prière quand on n'est pas croyant? Il eut une révélation et Sainte Barbe n'en fut pas plus étonné pour autant en l'entendant parler au canon:
« Notre sort dépend de toi, ne nous déçois pas, Amen! » et il tira le cordon.

Le boulet ricocha à quelques mètres de l'étrave de la barque; il rata le tir parfait de peu mais ne rata pas la rangée de rames prêtes à replonger, la plupart s'éparpilla en l'air envoyant les rameurs percuter ceux qui avaient encore des avirons.

il s'en suivi une réaction en chaine.

L'autre bord poussa la barque, qui amorça un virage.
L'officier à la barre se leva pour hurler des ordres sans queue ni tête.
Tous ceux qui venaient de se faire culbuter se levèrent au risque de faire chavirer le bateau, et précipitèrent l'officier par dessus bord.
Ce que voyant l'autre barque stoppa.
L'homme de vigie signala, il agitent un chiffon blanc, ils se rendent.

Sur le pont de L'Alerte se fut le déchainement, tout le monde hurlait à qui mieux-mieux, les hommes s'embrassaient sans distinction de grades ni de sexe, à l'exception peut être du petit lieutenant qui dansait une gavotte avec Lea.

Après la Liberté et l'égalité venait de naitre la « Fraternité »

Mais surtout, il formeraient dorénavant un équipage. Ils avaient défendu le seul bien qui leur restait dans ce monde leur navire.

(Chère lectrice, j'ose à peine vous demander comment s'est passé ce baptême du feu. Mais je vois que le bruit et la fureur ne vous font pas peur. Poursuivons donc ensemble cette croisière si bien commencée.)




La victoire en chantant:

Barre à Bâbord ne savait pas comment canaliser cette liesse bruyante et gesticulante.
C'est Sainte Barbe, qui avait participé à maints abordages qui mit ses mains en porte-voix Pour lancer.
SB : « Alerte à moi !.. à moi... Alerte... tous sur le gaillard d'arrière !...... ».

L'effet fut immédiat, ce fut une ruée qui s'élança pour porter secours à Sainte Barbe le croyant en danger.
Ils s'arrêtèrent net au pied de la batterie arrière, car le seul danger que couraient leurs canonniers, était de mourir de rire.

Un officier monta les rejoindre et expliqua que dans la confusion d'un abordage, Le cri de ralliement était le nom du bateau; sur le brick Le Coureur, il aurait été « A moi Le Coureur » La confusion et plus facile avec  « l'Alerte à moi l'Alerte ».
Il en profita pour expliquer aux terriens qu'en cas de danger, ils n'entendraient pas sonner l'alarme, ou crier « Alerte !», mais un tambour appelant tous les hommes valident « Au branle bas de combat » ce qui serait le but des exercices du lendemain.

Pendant cet intermède festif, les barques auraient eu le temps de prendre L'Alerte à l'abordage, si leurs intentions avaient été belliqueuses, mais ce n'était pas le cas.

Demandant à l'une des barque de rester en panne à portée de mousquets, l'autre fut invitée à faire monter leurs blessés à bord ainsi que leur porte-parole.

Le Docteur Dargenson aidé de Simbad et d'Outa firent descendre les plus gravement atteint, pour la plupart des jambes cassées. Les autres nécessitaient des soins pour des blessures légères, mais impressionnantes.
Dargenson: « « Les blessures au cuir chevelu, et au nez saignent beaucoup, elles sont rarement mortelles et peu douloureuses, y-a-t-il un voilier parmi vous »

Un homme dans la barque, dit que c'était son métier de coudre des voiles.

Le Docteur Dargenson, lui tendit un étui contenant des aiguilles, du fil et un cruchon.
Le voilier comprit de suite ce que l'on attendait de lui pour ce qui concernait le matériel à recoudre. Mais ne voyait pas l'usage du cruchon.

Dargenson opéra le premier blessé, pour montrer l'exemple.

« Suit moi bien, » dit-il au voilier « cette opération se fait en trois phases, tu ne dois en oublier aucune et surtout les respecter dans l'ordre. »
« En 1 faire boire un coup au blessé. »
« En 2 versé du rhum sur tes doigts et les aiguilles. »
« En 3 piquer le bord d'un coté de la plaie et piquer l'autre bord nouer le fil et couper et ce tous les centimètres. »
« As tu compris, as tu des questions? »
Le voilier répondit

« C'est à ma portée, je ne fait pas que des voiles, mais des vêtements également. Mais j'ai une question. »« Quand c'est que j'ai droit à un coup de rhum ? »

Dargenson le rassura

« Dés que tu aura fini de recoudre le dernier, tu auras droit à double dose. »

La liberté guide leur pas:


Les porte-parole expliquèrent que la plupart des hommes embarqués dans les barques avaient été enrôlés par tirage au sort. Mais que beaucoup étaient prêts à rejoindre la chouannerie .
Il faut dire que la Vendée et Noimoutier en particulier avait été le théâtre de situations dramatiques.
Au début de l'année, l'armée royale commandée par Louis Gigost d'Elbée fut complètement défaite à la bataille de Cholet par le général Klébert.
D'Elbée, blessé grièvement dans cette dernière bataille, fut transporté à Noirmoutier. Trois mois après, il était condamné à mort et fusillé sur la place publique du bourg. On l'avait amené dans un fauteuil parce que ses quatorze blessures ne lui permettaient pas de se tenir debout.
Plusieurs centaines de prisonniers Vendéens, ont été passés par les armes avec lui.
Vous comprenez pourquoi à Noimoutier on se salue par la devise vendéenne des chouans 'Dieu et mon roy'
Un homme de L'Alerte dit; Chez nous on se dit « Doue ha mem bro » « Dieu et mon pays » il y avait donc des chouans bretons à bord.

Le vendéen continua:

« Il coure des bruits selon lesquels, la flotte anglaise prépare un débarquement d'émigrés, dans cette région peut être à Quiberon. »
« Une partie des vendéens, préféreront attendre cachés sur l'ile de Noirmoutier ou la population leur est favorable et l'armée de la république assez peu représentée. »

c'est donc une cinquantaine de jeunes gens, équipés et armés, qui se réjouirent d'embarquer pour cette destination aussi mystérieuse que prometteuse « Pondechéry »

Les deux barques s'éloignèrent du bord, alors qu'une risée dessinait des ombres sur la surface de l'eau dans le soleil couchant.

L'Alerte était à la cape quand la risée la caressa. Le foc se mit à faseyer; puis la grand voile hésita, le bateau cula légèrement. C'est avec une extrême douceur qu'il s'appuya sur sa hanche bâbord et s'inclina en prenant juste assez de gite pour déséquilibrer cet équipage, qui n'avait pas encore le pied marin.

La soirée fut très occupée, avec autant de monde à bord on pu mettre en place des quarts pour la nuit à venir. Il fallait recenser les compétences particulières, qui faisait que tout marin avait deux attributions; il était par exemple menuisier, forgeron, voilier et tous étaient combattants.

Le plus gros soucis immédiat était le manque de hamacs, il y en avait la moitié de ce qui aurai été nécessaire. Mai outre que le temps était assez clément pour permettre de dormir à certains endroit du pont; le système des quarts permettait d'attribuer un hamac à deux personnes.
La solution allait venir d'où on l'attendait pas .

- La vigie: « Voile droit devant, puis se repris , deux voiles, un brick et une corvette, le brick sans doute Le Coureur, ...oui c'est Le Coureur je reconnaît son étrave, il envoi un message,

« Mettez en panne, nous venons à portée de voix. »

La Villegris prit un porte voix, pour annoncer que le lougre « Flame » était un bâtiment anglais dont l'équipage s'était mutiné contre son capitaine et son second.
La Villegris, avait envoyé Lucadou et Douville qui parlaient anglais à bord du 'Flame', il proposait que les trois bateaux règlent leur allure sur le plus lent qui était L'Alerte, mais qu'il ne refuserait pas un complément d'équipage, un canot envoya 20 chouans avec leurs armes.





- La Flamme devant Noirmoutier


La trompette guerrière à sonner la fin des combats:

La nuit qui tombait sur ces trois jolis bateaux promettait d'être clémente. Le vent était suffisant pour qu'ils aient établi toute la toile et la lune qui se levait, si elle laissé les bas dans l'ombre, faisait briller les voiles blanches gonflées à bloc. Les gréements sifflaient allègrement, et la mer gargouillait le long de la coque, seuls les ronflements des dormeurs n'étaient pas dans le ton.

Les jumeaux étaient du premiers quart, et pour avoir souvent barré des barques de pêche avec BàB, ils n'avaient aucune difficulté à tenir le cap dans le sillage de La Villegris.
Les quarts se succédèrent sans incident. Cambuse ralluma les feux avant le lever du jour. Comme il ne savait préparer que les haricots, seul changeait la viande salée qui les accompagnait, ce matin là ce fut du porc.

Leo, regardait lea, qui regardait son écuelle d'un air méchant. Il lui demanda:

Leo: « A quoi penses-tu? » 
Lea: « J'aime beaucoup les petits cochons et celui là ne méritait pas çà. »
Leo: « C'est vrai qu'il ne méritait pas de mourir. »
Lea: « Oui déjà il ne méritait pas çà. Mais une fois mort, il ne méritait pas de tomber entre les mains de Cambuse regarde ce qu'il lui a fait, on n'arrive pas à le mâcher. »
Leo: « Tu aurais mieux fait de prendre des cours de cuisine avec Maman-Gâteau, que des cours d'escrime, cela nous aurait était plus utile à bord. A propos d'escrime tu en est ou avec ton défi au fleuret? »
Lea: « J'attendrais que le bateau soit à l'ancre. Depuis hier nous sommes trop nombreux à bord. Autant à quai L'Alerte me semblait très grand. Autant au milieu de l'eau, avec rien à l'horizon, je le trouve vraiment petit. Tu crois qu'il résistera à une grosse tempête? »
Leo: « Cela ne m'étonnerait pas qu'on ait la réponse à ta question avant peu, le golf de Gascogne a très mauvaise réputation. Et tu as vu les nuages. »

C'est en jetant un regard circulaire que Lea fit remarqué

Lea: « C'est quoi là-bas ! »
Leo: « Ou là-bas ! »
Lea: « A l'horizon, dans l'alignement de l'homme de barre ! »

Le bateau monta avec la houle et effectivement Leo aperçu un petit carré blanc, puis deux, puis trois. Pas de doute un gréement carré, avec toute sa toile.



La trompette guerrière remet ça :

Il se rua sur la lunette de la vigie, en hurlant:
Leo: « Voile en vue, plein nord sur nos arrières, et c'est du gros. » Et à l'adresse de Sainte Barbe qui venait de surgir à ses côtés: « Tiens prends la lunette tu sauras peut-être l'identifier. »
SB: « Manifestement c'est une frégate, pavillon anglais, un contre-cacatois sur chaque mât et un flèche au-dessus de la brigantine. Elle porte tout ce qu'elle peut au risque de démâter avec le vent d'aujourd'hui. Elle est au maximum, et doit dépasser les 13 nœuds je dirait 14 ou 15 noeuds. Elle gagne sur nous, mais sur une route plus axée vers le large. »
Leo: « Elle fuit un danger. Elle ne nous donne pas la chasse. »
SB: « Par précaution envoyez un message aux bricks, » « Hisser les couleurs du Roi et seulement dessous celles du royaume de France rouge,blanc,bleu » que les anglais nous prennent pour des émigrés devrait éviter qu'ils nous tirent dessus. » « Une frégate armée de 50 canons de 24 livres et de 12 livres sur le pont, une seule bordée suffirait à mettre en miette nos trois bateaux à la fois. »

Leo impressionné par ce qu'il venait d'entendre demanda a Sainte Barbe ;

Leo: « Nos plus gros calibres sont des 9 livres, n'est-ce pas ? » « Qu'est ce qu'on peut faire contre eux ? » « Je veux dire à part fuir. »

SB: « Tu as raison petit face à ce danger, le salut est dans la fuite »


- Le brick 'Le Coureur'

Il était un petit navire,...Il était un petit navire,.. petit mais costaud:

Barre à bâbord qui avait suivit l'échange d'ajouter ;

« On va voir si les chaines que j'ai installé en haut des mats pour compenser la trop grande poussée des voiles d'étais par grand vent, va nous permettre de garder toute la toile sans prendre de ris. Car le vent forcit encore et les brick ont pris un ris . »

C'est peu après que la pluie commença de tomber et qu'ils perdirent l'anglais de vue. On entendit comme le grondement du tonnerre dans le lointain. Mais la pluie qui noyait tout, ne venait pas d'un orage. Même contre toute attente le vent sembla reculer, on sortait peut être du golf. Ce que confirma l'homme de barre, le vent tournait, on était au large de l'Espagne.
L'Alerte et ses conserves étaient très maniables. Elles naviguaient au largue malgré une assez forte gite afin de conserver leur vitesse.
La pluie diminua, jusqu'à cesser complètement. Cela avait suffi pour récupérer l'eau du ciel et refaire une partie des réserves. Le trop plein fut versé dans le canot, il servirait à une lessive générale, si les circonstances le permettaient un jour.
Le bruit du canon était maintenant nettement audible, le vent soufflait dans la bonne direction.
Barre à bâbord demanda à l'officier chargé des signaux d'envoyer « A tous venir à portée de voix » le petit lieutenant répéta « A tous venir à portée de voix » « Envoyé capitaine, » il ajouta très vite « Les deux font l'aperçu; Le Coureur sera le premier arrivé. »

Le capitaine ordonna: « Faites mettre en panne commandant s'il vous plait »

A l'aide des porte-voix les deux bricks reçurent leurs ordres;

BàB: « Partez en éclaireurs sans vous mettre à portée de leurs canons. »
« Quand vous aurez vérifié que l'anglais est attaqué par un ou plusieurs français
Envoyez tous les deux « A tous ennemi en vue » ils croiront que vous êtes l'avant garde d'une force plus importante. »
« Notre arrivée avec un signal identique, pourra confirmer leurs craintes. »
« Si notre stratagème échoue et qu'un bâtiment fait mine de nous donner la chasse nous tournons bride dans trois directions différentes, rendez vous au large de la baie de Rosas. N'oubliez pas que l'Espagne est alliée à l'angleterre et mène une guerre pour rétablir la royauté en France. Il ajouta « Bonne chance à tous »  « And good luck everybody » Les « For the capitaine...hip ..hp..hip » tous les équipages hurlèrent « Hourra » confirmant que tout le monde avait compris la tactique général.
BàB, se tournant vers les officiers:  « Nous restons un quart d'heure en panne, faites le branle bas de combat. Avez vous trouvé un tambour? »
Renaudin: « Nous avons un homme qui sait battre le tambour, mais il n 'a pas fini de construire son instrument. »
BàB: « Tant pis, qu'il demande à cambuse une grande marmite avec une louche, pour que les hommes s'habitue au roulement. Veillez que chaque équipe rejoigne son poste rapidement mais sans courir . »
« Mettez Simbad et Outa à la distribution des armes. Ne donnez pas de sabre d'abordage aux hommes, ils ne savent pas s'en servir, mais une baïonnette dans un étui, montrez leur comment elle s'adapte au bout du mousquet, et qu'ils la range en suite. Faites leur réviser les étapes de chargement d'un mousquet, ça leur occupera l'esprit. »
« N'oubliez pas que les officiers doivent donner l'exemple de la compétence, soyez patients. Dites-vous bien que pour le moment, ils sont plus dangereux pour eux même, que pour l'ennemi. Dans l'action vous ne les regardez pas, mais eux ne regardent que vous. Donnez leur l'impression d'être très calme, surtout si ce n'est pas le cas. La nervosité passe par la voix, parlez le moins possible, si un homme n'est pas au bon endroit ou se met en danger, déplacez vous et rectifiez le positionnement. Il est inutile d'aboyer des ordres si vous ne connaissez pas le nom de celui à qui il s'adresse. »

Il était temps de se remettre en route, les bricks avaient plus d'un mile d'avance.



Quand les paris sont ouverts :

Sainte Barbe reprit sa position à la lunette et commenta à haute voix ce qu'il découvrait à travers la fumée de la canonnade.

SB: « Je confirme c'est un français. Une frégate armée d'une batterie de trente-six à quarante canons. Difficile d'être plus précis. »
« Il est gréé en foc et clinfoc ; des voiles d'étais et même un cacatois, au-dessus du perroquet. »
« On dirait la 'Capricieuse', rebaptisée « La Charente », si c'est elle la dernière fois que je l'ai vu elle portait 36 canons de 18 livres, 26 canons de 12 et des pièces et des caronades de 8 et 6 livres. »

« La frégate anglaise doit être « La Tamise » équipée d'une batterie de 30 canons longs de 24 livres et de 20 canons de 12 livres sur le pont, plus des pièces de plus petits calibres. »

- Le duel entre 'La Tamise' et 'La Charente' vu du pont de l'Alerte.


La puissance de feu était comparable, avec un léger avantage pour la frégate anglaise. Mais dans la course poursuite la frégate française avait été plus rapide. Les français avaient pour habitude de tirer de loin en pointant le plus haut possible pour essayer de démâter leur adversaire.
Quand L'Alerte se fut suffisamment rapproché pour voir distinctement les détails; les deux frégates étaient manoeuvrantes. La française avait ses mats intacts, l'anglaise avait perdu son mat d'artimon.

En fait l'avantage était au français. Il encaissé des bordées qui avait déjà ravagées son pont supérieur, dont un certain nombre de canons ne tiraient plus, mais il réussit un virement de bord qui lui permit de passer sous la poupe de l'anglais. Celui-ci reçu quelques coups bien ajustés sur son arrière, déjà durement éprouvé lors de la poursuite.

L'anglais tenta d'abattre pour montrer son flanc. S'il y était parvenu, le français aurait eu du mal a s'en remettre, mais le gouvernail ne répondait plus. Seules les caronades purent pivoter suffisamment pour répliquer.

Barre à bâbord jugea que la partie était jouée, bien que la fumée des deux bordées lui masquait la frégate française qui passait derrière l'anglais. Il se préparait à donner l'ordre de virer de bord, lorsqu'un officier lui fit savoir:

Message du Brick Le Coureur, capitaine : « Ennemi en feu »

Le premier réflex de Barre à Bâbord fut de regarder la frégate anglaise,environnée de fumée, puis son coeur fit un bond dans sa poitrine, quand son cerveau enregistra que « L'ennemi » ne pouvait être que le français . Maintenant, en effet il voyait distinctement de la fumée noire s'échapper de deux sabords qu'un coup directe avaient réunis en un seul trou noir.
La frégate continua d 'abattre tout en s'éloignant, du danger que présentait la probabilité d'une escadre dans les parages. Si on ajoute la peur viscérale des marins pour le feu à bord d'un bateau, on peut comprendre la fuite de 'La Charente'.


On peut-être fairplay tout en étant Français:

L'Alerte envoya un message,  « A tous envoyer un canot avec une équipe pour aider La Tamise »
Le Flame fut le seul à répondre par la négative, son équipage constitué de mutins anglais n'avait que rancoeur pour la marine anglaise.

Ce sont donc une vingtaine de volontaires qui rallièrent La Tamise, au premier rang desquels on trouvait: Une équipe soignante constituée: du docteur Dargenson, du voilier qui depuis qu'il avait suturé des cuirs-chevelus, avait aussi appris à poser des attelles, de Simbad et Outa qui s'avéraient très utiles pour immobiliser un homme qu'il fallait amputer.
Une équipe de charpentiers, et de tous ceux qui savaient travailler le bois.
Quelques gros bras pour les manoeuvres de remorquage, ce qui semblait inévitable sur un bateau sans gouvernail.

L'accueil fut chaleureux et guindé tout à la fois.(Trés british en somme)

Barre à Bâbord s'était mis en uniforme, pour la circonstance, il fut accueilli à la coupée avec les honneurs, par le capitaine anglais qui se présenta en français,

Bush: « Capitaine de frégate Bush, »
Gracay: « Capitaine Yves de Graçay. »
Bush eut l'air surpris, « avait vous un lien de parenté avec le comte de Gracay? »


- Gracay: « Si c'est de Lucien Antoine de Ladon, Comte de Graçay dont vous voulez parlé c'est effectivement mon oncle, vous le connaissait? »

Bush: « Oh Oui ! Très bien répondit Bush mais si vous voulez bien me suivre au carré des officiers je vous raconterai cette histoire. »
« Je ne vous propose pas de visiter ma cabine car il n'en reste pas grand chose. Je crois même que je devrais partager la vie du carré pendant quelques jour le temps que les charpentiers aient reconstruit toute la poupe. Mais la priorité reste le gouvernail et les voiles. »

Bush: « Je doit dire que le nom des de Gracay semble être l'équivalent, comment dites vous en français, des « Anges Gardiens »
« Il y a quelques années, nous avons fait naufrage tout prés d'ici vers Rosas. Prisonniers quelques mois mon capitaine et moi avons pu nous évadés, alors que nous étions en route pour Paris. C'est en barque que nous sommes descendus la loire au delà de Nevers. Le hasard a voulu que, à moitié morts de froid et de faim nous soyons recueillis par votre oncle qui nous cacha pendant six mois. Nous avons regagner l'angleterre en volant un bateau dans le port de Nantes. Depuis L'angleterre et la France n'ont presque jamais été en paix. »
« Je n'ai jamais revu le comte de Gracay. »
« Mais vous même êtes en rébellion contre ce régime de terreur que la convention a mis en place, n'est-ce pas? »

Le capitaine de L'Alerte lui confirma que la vie était devenue intenable pour tous ceux qui étaient dans les trois bateaux.

Gracay: « Savez vous que le 'Flame' est une unité de la marine anglaise qui s'est mutinée contre la tyrannie de ses officiers, principalement leur capitaine. Mais ils n'ont pas de sang anglais sur les mains. Notre destination est l'ile de france, dans l'océan indien. »
Le capitaine Bush, le rassura, il connaissait l'histoire du Flame. « La marine a voulu oublier cette épisode. La hantise des mutineries en chaine qui s'étaient déjà produites il y a dix ans, est toujours dans l'esprit des gens de l'amirauté, mais personne n'est à leur recherche. »
Bush: « Nous sommes attendus à Gibraltar avec impatience, si vous nous remorquez jusque là, je vous promet d'obtenir de l'amiral Nelson une récompense au delà de ce que vous pouvez espérer. »

C'est donc sur cette promesse que Barre à Bâbord, perdit son surnom. Car aux yeux de l'équipage, il était le capitaine de Gracay. Celui qui sans tirer un seul coup de canon, avait mis en fuite une frégate de 50 canons, et s'était emparé d'une seconde frégate aussi grosse sinon plus.



- La Tamise par petit temps.



Une escale imprévue Gibraltar:

Les officiers eurent beau expliquer que la frégate n'était pas « tenue en laisse » comme disait l'équipage, mais « à la remorque. » « que ce n'était pas une prise et que L'Alerte n'était pas un corsaire. » Les hommes préféraient croire qu'ils avaient mis en fuite la marine de la république. Ils étaient fiers de leur bateau, ils étaient prêts à tous les sacrifices pour le défendre. En somme ils étaient comme tous les matelots des navires de guerre, quelque soit la nationalité, pourvu qu'ils soient traités avec un peu d'humanité.

Curieusement, cet engagement n'avait pas fait tellement de morts,mais beaucoup de blessés. Le docteur Dargenson préféra rester à bord de La Tamise, pour surveiller les plus gravement atteints, et envoya les autres sur L'Alerte.

Selon lui, les « bobos » ont besoin de soleil et d'exercices pour guérir; il entendait par « bobos », toute blessure qui n'était pas mortelle.

Les jours, succédaient aux nuits, les quarts aux quarts, une sorte de routine s'installa .

Tous les travaux que nécessitaient la remise en état de la Tamise étaient terminés, il fallait bien occuper les hommes.

Les jumeaux furent chargés de l'animation. On inventa des activités inattendues, comme les courses à handicapes.
Inutile de préciser que l'idée venait de Lea. C'est ainsi que l'on assista à des compétitions acharnées avec paris à la clé.

Dans l'ordre des préférences, venait en tete, la course des unijambistes à deux béquilles. Avec une variante à une seule béquille, on du interdire celle sans béquille du tout, le manque d'entrainement des participants créant trop de chutes et menaçant de transformer les unijambistes en « cul de jatte »

Avait également beaucoup de succès La course des borgnes. Une course d'obstacle, où il fallait sauter au dessus de baquets pleins d'eau sans les renversés. Par manque de borgnes on acceptait tous les « Voyants des deux yeux pour peu qu'ils portent un bandeau sur l'oeil. On pu ainsi s'apercevoir que les vrais borgnes évalués mieux les distances que les faux. C'est ainsi que l'on vit fleurir à bord, la mode des bandeaux sur l'oeil de ceux qui souhaitaient s'entrainer en vue de la prochaine course.

(Il paraît, Chère lectrice, que c'est de là que vient le mythe du pirate borgne, information difficile à vérifiée. Il y a peu de témoignages d'époque pour le confirmer)

Les concours de chants et concours de danse avaient aussi leurs champions.

Les concours de lancer avaient un franc succès, principalement le « lancer de boulets » d'un quart de livres, c'était ce qu'on avait trouvé de moins lourd à bord.
Ce jeu nécessita un aménagement spécial. Une air de réception de trois mètres sur trois était délimitée par un cadre de bois et rempli de sable. Au milieu était plantée une quille de bois peint en rose (Dans le jargon du bord, la quille fut nommée indistinctement le jambon pour sa forme, ou le cochon pour sa couleur, voir le cochonnet)
Il fallait d'une distance de 10 métres, s'approcher le plus prêt possible du cochon, sans le faire tomber. Si en revanche votre boulet frappait celui de l'adversaire en l'envoyant faire tomber le cochon, vous remportiez le point.
C'était un coup difficile à réalisé, qui s'appelait faire un carré ou un carreau.

(Chère lectrice, saviez vous que ce jeu des marins français a survécu à pondichéry ou il est encore pratiqué de nos jour. La pétanque y est le passe temps favori. Ceci est un 'a parte' qui n'intéresse que vous, moi et les joueurs de pétanque)
La vie à bord n'est pas qu'un cirque,... encore que:

Le temps s'adoucissait au fur et à mesure que le convoi gagnait le sud de l'Espagne.
Seulement troublé par des « grains » comme on appel les orages en mer .
On pouvait les voir arriver depuis l'horizon, ils étaient synonyme de lessive. Dés qu'un grain était annoncé, tout l'équipage allait chercher des seaux, et son linge sale; certains en profitaient même pour se laver le corps.
ils n'étaient pas les plus nombreux. Dans l'ensemble ils se contentaient de se dessaler à l'eau de pluie, et perdait pendant quelques jour l'odeur caractéristique des vieux loups de mer. Une odeur qui n'était pas sans évoquer les harengs conservés dans la saumure.
Comme cette odeur avait peu à peu imprégné l'intérieur des bateaux, plus personne n'était incommodé, sauf les jumeaux qui se lavaient tous les jours.

Mais gare à la vigie qui n'aurait pas signalé l'orage assez tôt, qui n'aurait pas « veillait au grain », la punition, était à la hauteur de la faute, une douche tout nu sur le pont.

On utilisait une pompe de cale pour prendre l'eau par dessus bord et laver le pont tous les matins. La punition, réclamait la présence de tout l'équipage, les punis grelotaient sous l'eau froide, pendant que pleuvait l'eau de mer et les plaisanteries douteuses du public.

Lea trouvait odieuse cette pratique, que les hommes n'auraient manqué pour rien au monde. Elle frissonnait rien que de penser qu'elle pourrait être un jour soumise à ce rituel barbare. Si c'était le cas, on peu supposer qu'elle ne soit pas offerte nue aux regards de tout l'équipage. Néanmoins, on n'était jamais assez prudent, et lorsque venait son tour de vigie, elle « veillait au grain » mieux que quiconque.

Un matin que venait de s'achever la punition de la douche; Lea regagnait le gaillard de poupe, en frissonnant sous la brise du matin.

En croisant les bras sur sa poitrine, elle senti d'une part que ses seins étaient gelés, et d'autre part qu'elle avait des seins; ce qu'elle avait tendance à oublier.
Et une idée en amenant une autre; à propos de ses seins, elle n'avait toujours pas régler la dernière affaire ou il était question de sa poitrine.

Si sa mémoire ne lui faisait pas défaut, elle avait lancé un défi aux jeunes aspirants qui se tenaient justement en groupe à l'arrière. Elle se dirigea vers eux d'un pas décidé.

Tout le monde à bord respectait Lea, d'autant qu'elle connaissait tout le monde, elle ne se trompait jamais dans les prénoms et ne se contentait pas d'un signe de tête en passant.

Elle était la seule femme à bord, enfin presque femme.

Avec cette démarche que donne les bottes sans talons et les mouvements continuels du pont, on ne pouvait s'empêcher, de la suivre des yeux quand elle passait.
Mais les regards étaient bienveillants, c'était un peu leur mascotte; il n'y avait pas d'animaux à bord, à part les rats, alors...

Ils la regardaient comme il l'auraient fait pour un chien, ou plutôt un chat, disons le, ils la couvaient des yeux et Lea se laissait couver.
Donc lorsqu'elle traversa le pont toutes voiles dehors. Et quelle mit le cap sur le groupe des aspirants. Sans dire bonjour en passant. Tout ceux qui étaient présents sur le pont se figèrent, prêt à lui porter secours.
La suite allait leur prouver que Lea n'avait besoin de personne pour la défendre.

Qui dit cirque, dit gladiateurs:

Lea ne savait plus qui avait dit « si vis pacem para bellum » certainement le docteur, qui adorait les citations latines; mais ce « si tu veux la paix prépare la guerre » résumait assez bien son état d'esprit du moment.

Le groupe des aspirants se mis quasi instinctivement au garde à vous, disons qu'ils se redressèrent, et pour ceux qui portaient un tricorne, se découvrirent.

Lea ne leur laissa pas le temps de finir leur salut; elle fit une petite courbette qui pouvait s'apparenter à une révérence et enchaina avec une parfaite mauvaise foi:

Lea « Eh bien messieurs, je vous savais un peu empruntés avec les dames, mais je ne vous croyais pas poltrons ? »
L'un d'eux, qui devait se sentir particulièrement visé, admit qu'il n'avait jusqu'alors assez peu fréquenté la compagnie des femmes, mais qu'il n'était pas d'un naturel couard.
Lea d'enchérir; « Ah....Bon et comment dois-je interpréter le fait qu'aucun de vous ne se soit rendu au rendez-vous que nous avions au pied du mat, à midi il y a quatre jours ? »
Ils répondirent à l'unisson:  « Qu'à cette heure là c'était le branle bas de combat et depuis ils avaient été très occupés. Il y eu même quelqu'un pour ajouter: « mais aujourd'hui nous sommes à votre disposition à moins que vous ne retiriez  « Le poltron » les visages des jeunes gens étaient souriants, voir ironiques »
Lea eu beaucoup de mal à garder son sérieux. Et c'est avec un ce ton outragé et quelque peu emphatique qu'elle lança cette phrase célèbre « Je serais à midi au pied du grand mât » et d'ajouter paraphrasant elle ne savait plus qui « j'y serais par la volonté du peuple, et n'en serait délogée que par la force de vos fleurets, si vous y parvenez »

L'équipage qui n'avait pas perdu un mot de cet échange homérique, poussa un soupir de soulagement et applaudit à tout rompre.

On passa la matinée à prendre des paris. Même le capitaine de Gracay misa discrètement, sur Lea bien sur.

Sainte Barbe ne misa pas. Lui son maître d'arme, qui lui avait appris tout ce qu'elle savait, allait passer un sale moment, il le sentait et ce fut le cas.

On fit manger les hommes plus tôt que d'habitude. On fit sabler le pont, comme à chaque bataille. On tendit des cordes pour délimiter un vaste espace et surtout contenir les spectateurs.
Les plus malins étaient déjà dans les haubans d'où la vue était imprenable. A bord de La Tamise, on s'étonnait: « qu'est ce qu'ils ont encore été inventé, les grenouilles ».
C'est ainsi que les matelots anglais avaient baptisé les marins français, non pas parce qu'ils nageaient comme des grenouilles, mais parce qu'ils les mangeaient.

Et les français les traitaient de rosbeef non parce que les anglais mangeaient du boeuf rôti mais parce qu'un peu trop de soleil donnait à leur visage une couleur de viande saignante.

Cela ne prouve qu'une chose, c'est qu'ils se connaissaient bien mal , premièrement les anglais ne mangeaient pas le boeuf saignant, mais bouilli; quand au français ils mangeaient plus rarement des cuisses de grenouilles, que des escargots.

Toute considération gastronomique écartée, La Tamise envoya un message à L'Alerte, « Commandant Bush demande autorisation de monter à bord »
Réponse « You welcome »

On retarda le début des duels pour accueillir Bush et son état major.
Les anglais avaient belle allure dans leurs uniformes de parades, ils furent installés sur le gaillard arrière qui surplombait le pont. Ils étaient aux premières loges.
Ils se firent expliquer les raisons et les règles du duel, et jubilèrent en apprenant que Lea avait lancé un défi à tous les officiers, ils parièrent tous sur elle car c'étaient des gentlemen.

Et ils n'allaient pas être déçu.


- Sainte barbe en temps que maitre d'arme, jouerait le rôle d'arbitre.

Il énonça les règles du jeu.

Cinq aspirants seront opposés tour à tour à Lea.
L'engagement est déclaré gagné à la première touche.
Les participants porteront un plastron, mais ont refusé le masque.
Les fleurets sont mouchetés.
Lea pourra être déclarée vainqueur si elle remporte trois des cinq manches.
Les adversaires s'interdisent d'utiliser une autre arme que leur fleuret.
Mais tous les coups sont permis. Sauf les coup de poing de la main libre.

Lea avait troqué sa chemise habituelle contre un corsage de coton blanc, fermé dans le dos, sans col et dépourvu de manches,lui serrant assez le buste pour mettre en évidence ses formes.
Tout en l'aidant à fixer son plastron par des crochets dans le dos, Sainte Barbe se disait qu'il ne l'avait pas vu grandir.

Que restait il de « Lea la tigresse » Dans cette jeune femme au regard déterminé ?

Un rien de masculinité accentué par ses cuissardes à talon plat ne faisait que rehausser une féminité sans ambiguïté.

Lorsqu'elle s'approcha de son adversaire, sa démarche avait la grâce qui n'appartient qu'aux danseuses.

Le premier lieutenant à s'aligner n'était pas le moins bon d'entre eux, c'était sans doute même le meilleur.

Ils se saluèrent mutuellement et se préparèrent à l'assaut.


Lea passa en revue dans sa tête les enseignements de son maitre.

Elle l'entendait lui dire: « Pour se couvrir parfaitement tu dois »

1° Tenir ton fleuret avec fermeté, sans excès, le pouce sur la poignée, l'annulaire et le majeur serrés.
2° Maintenir la garde à la hauteur de la poitrine.
3° La pointe un peu plus haute que le poignet.

Elle se mit en garde.

Offrant à son adversaire son profil droit, fleuret, bras, épaule,hanche et pied sur une même ligne. Par ailleurs le bras gauche levé et la main retombant mollement.

Son adversaire se rendit compte, qu'il n'avait pas à faire à une débutante.

Il se mit en garde à son tour.
Et lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de Lea, ils ne les reconnus pas. Mi-clos ils étaient devenus très foncés et brillants comme du jais.

L'aspirant comprit déconcerté, que pour Lea tout cela représentait bien plus qu'une simple excentricité.

Il avait suffit de placer une arme entre ses main pour voir renaitre « Lea la tigresse » mais cela, seul Sainte Barbe en eut réellement conscience.
L'aspirant pressentait qu'un danger le guettait quelque part. Que ce jeu était loin d'être une distraction innocente.

Dés qu'ils croisèrent leurs fleurets, il comprit que Lea avait bénéficié de l'enseignement d'un excellent maître d'armes. Il fit une paire de feintes sans autre but que de tester les réflexes de Lea, pour constater quelle y répondait avec calme en maintenant la distance.

Lea consciente qu'elle avait en face d'elle, un homme entrainé au combat rapproché lors des abordages, restait très attentive à sa défense.
De son coté l'aspirant jugeait que cette jeune femme savait se battre, et d'une manière qui le déroutait. Elle affichait un mélange d'agressive et de sérénité toute à la fois.

Comme font les escrimeurs avertis, Lea ne regardait pas les lames des fleurets, mais plongeait ses yeux directement dans ceux de son adversaire.

L'aspirant marqua une demi-attaque en tierce et Lea senti qu'il ne désirait pas la toucher, seulement tester sa réaction. Elle vit dans ses yeux une hésitation et pris sa décision;

Elle lança avec rapidité une estocade basse en seconde, en même temps que de ses lèvres crispées jaillissait un cri rauque comme le feulement du tigre.

L'aspirant vit luire la pointe du fleuret ennemi à deux doigts de son estomac.

Il rompit et se dégagea non sans une certaine difficulté, furieux de s'être laissé prendre au dépourvu.
Il tira une estocade en tierce, à laquelle la jeune femme opposa une parfaite contre parade en quarte.Décrivant un petit demi cercle avec son fleuret autour de l'acier ennemi; ce qui eut pour résultat de dévier le mouvement.

Enchainant sans attendre, Lea trouva le moyen de se glisser dans cette ouverture large comme un trou de souris.

Elle s'attendait à ce que son adversaire se lança immédiatement en quarte, chose qu'il fit.

Elle neutralisa l'attaque et tira contre lui une estocade foudroyante sur le bras, à la jointure du coude.
La douleur du être sévère, le nerf meurtri réagit sur l'ouverture des doigts, on entendit la coquille du fleuret heurter le pont.
Cette dernière estocade s'était passée trop vite pour les yeux des spectateurs.

Ils virent que les deux adversaires se faisaient face les bras ballants, mais un seul des deux tenait encore son fleuret et c'était Lea.


« Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années: »

Les hurlements et les vivats durent s'entendre jusqu'en Espagne.

Le docteur Dargenson se précipita sur l'aspirant, réclamant un baquet d'eau de mer bien froide.
Sainte Barbe fut le premier à tendre ses bras ouverts à Lea qui s'y réfugia.
Le contre-coup de la tension terrible, qu'elle avait du supportée, se traduisait par une série de frissons qu'elle n'arrivait pas à maitriser. Il fallu toute l'autorité de Dracay, pour éviter qu'elle ne soit étouffée, par ceux là même qui voulaient la porter en triomphe.

C'est l'intervention de Bush qui fit un peu de vide autour d'elle: Il faut dire qu'il était impressionnant en grand uniforme avec ses galons dorés et ses décorations;
Il se pencha sur Lea qu'il dominé d'une bonne tête, Il ôta son bicorne dans un salut très élégant, et retirant l'épée qu'il portait au côté, il en tendit la poignée à Lea en ajoutant:

« Mademoiselle, je vous demande d'accepter cette lame de Toléde, cadeau d'une amie espagnole pour laquelle elle a été forgée. Je suis sûr que vous en ferez meilleur usage que moi qui ne sais me défendre qu'au sabre d'abordage. J'espère ne jamais me trouver face à vous dans un combat, je tiens trop à la vie. »

- L'épée de toléde offerte par Bush à Lea.


Lea tournait et retournait la lame, la soupesant esquissant quelques mouvements, elle la piqua dans le mât le plus proche et la fit plier d'une façon exagérée, mais quand la lame revint en place elle l'aligna avec son bras, elle n'avait aucune distorsion.
On pouvait être sure qu'elle l'avait adoptée, restait à l'apprivoiser ce qui serait plus long.

Lea remercia Le capitaine avec gratitude.
Elle se hissa sur la pointe des pieds et Bush se pencha en tendant sa joue. Lea y déposa un baiser et chuchota à son oreille « Qui est vraiment 'Serena de Otero' dont le nom est gravé sur la lame ? » Bush se redressa et lui dit « Grâce à l'intervention de L'Alerte elle sera ma femme dans quelques jours, elle m'attend à Gibraltar et mon ami Horacio Nelson sera témoin à notre mariage. Je compte sur vous tous pour faire la fête »
Se tournant vers l'équipage il annonça  « Pour ceux qui n'auraient pas entendu, vous êtes tous invités à mon mariage dans quelques semaines à Gibraltar. »

Pour simplifier les paris sans doute, on déclara Lea vainqueur. Ses autres adversaires avaient déclaré forfait. Une leçon ça va, plusieurs pouvaient créer des dégâts.


L'aspirant qui se mesura en duel avec Lea

 


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